Le Chemin De la vie de mon Grand-Père ( Chapitre 6)

Nous avons cherché du travail à l’usine de canne à pêche et à l’usine de pièces pour les avions. C’était complet, nous aurions aimé rester dans la région mais l’industrie était rare, l’agriculture ça ne nous intéressait pas. A Saint-Martin-Le-Beau nous avons rencontré une personnalité espagnole, monsieur Pujols, représentant du gouvernement de la République, en exil. Il avait une propriété avec un vignoble, il a invité mes parents à lui rendre visite. Le jour qu’ils ont allé le voir, ils sont revenus avec deux bouteilles de vin mousseux de sa vigne, nous avons bu à sa santé, il a joué un rôle très important après la mort du général Franco, pour reformer le gouvernement à Catalogne le Roy Juan Carlos lui a donné la possibilité de rentrer en Espagne pour participer à la réconciliation du pays. Mes parents sont morts avant de voir l’Espagne vivant dans la paix et l’harmonie retrouvée.

Dans la coupe de bois, nous avons fait un travail spécial, le bois en chêne nous devions ôter l’écorce pour la tannerie, qui servait à colorer le cuir. C’était au printemps et la montée de la sève facilitait le travail. Nous avons appris quelque chose de très intéressant que nous ignorions et très utile.

Nous avons fini la coupe de bois, provisoirement mon père a trouvé du travail à la cave coopérative du village, moi chez le boucher pour l’aider à l’entretien des terres qu’il possédait, derrière son magasin et la maison d’habitation. Antonio Olite est parti rejoindre des amis à Riomperoux dans l’Isère près de Grenoble. Sébastien est rentré chez lui, sa femme lui a envoyé un document l’autorisant à rejoindre sa famille. Bottela, de la région de Valencia a rejoint un cousin dans le midi pour travailler dans les vignes.

Antonio Olite, dès son arrivée à Riomperoux, a trouvé un emploi. Il a demandé pour nous, dans la région grenobloise il y avait beaucoup d’industries. Nous avons plus de chances de trouver un emploi fixe, pour nous établir définitivement. Dès que notre ami nous a donné confirmation, avec tous les renseignements nécessaires, nous avons pris nos bagages direction Châteauroux, pour prendre le train, c’était la ligne la plus directe vers Clermont-Ferrand/Lyon/Grenoble. Le voyage a été long, avec le Massif central à traverser, avec ses montagnes, le train roulait doucement, nous avons vu de beaux paysages, la nuit nous a surpris à Grenoble la correspondance pour rejoindre Riomperoux, il fallait attendre le lendemain matin, une nuit blanche a passer dans la salle d’attente de la gare, nous avons constaté que c’était une belle ville.

Nous avons pris le premier car EDF qui partait direction Bourg d’Oisans à Riomperoux. Nous avons été logés à la première maison du village, en contrebas de la route. Nous étions coincés entre deux montagnes, la rivière Arromanches à côté de l’usine, à deux pas de chez nous. Le travail pas trop pénible mais salissant. Nous avions le charbon pour le chauffage à volonté, mais nous étouffions dans cette vallée, privée de soleil et d’air pur. En face de chez nous, une affiche de publicité pour l’emploi des jeunes à formation accélérée en six mois dans le bâtiment.

Je me suis dit que c’était une bonne occasion pour moi et j’ai fait une demande pour la plomberie. J’étais tout de suite accepté et pris par un artisan chauffage-plomberie, logé et nourri. Le logement sous l’arpentis, dans l’atelier. Dessous l’arpentis logeait l’ouvrier avec sa femme et un petit bébé, comme Zola dans ses romans, je mangeais chez le patron mais dans la cuisine, sa belle-mère très âgée faisait la cuisine et le ménage. Sa femme tenait un magasin. Je montais le charbon de la cave pour éviter à la vieille dame cette corvée.

Le patron, très gentil pour moi. Je montais des radiateurs en fonte aux étages avec un diable, aidé par lui ou l’ouvrier. Je filetais les tubes pour les brancher aux raccords. J’ai appris à faire les tuyaux de poêles et fourneaux, des coudes, pendant le temps mort.

Mes parents ont reçu un envoi par la poste de la part de notre ami Antonio Martin, l’étudiant de polytechnique qui écrivait des poèmes, que nous avions pris en pension avec son copain Franck, avant la libération. Il a toujours gardé contact avec nous. Il nous a envoyé un recueil de poèmes dédiés à toute ma famille. D’abord mes parents et tous les enfants, nous avons tous notre poème, sa vie en premier, très bien écrit en espagnol, en remerciement de notre gentillesse envers lui aux jours difficiles en souvenir de lui, une longue lettre qui nous parlait des problèmes politiques que nous devions nous préparer à une longue attente, pour pouvoir retourner en Espagne, tant que Franco serait vivant.

Les Américains ont fait un contrat pour des bases aériennes, pour faire face à l’Union soviétique, avec la guerre froide ça risque de durer longtemps, la pression reste bien tendue. Nous sommes très heureux de savoir que son sort s’est amélioré et qu’il va bien. Il se trouve au Havre, il a quitté Paris.

Dans ses poèmes, il nous honore tous. Il parle de notre exil et ma sœur et Herminia elle en parle avec une grande passion. A moi, il parle de la liberté, pour la fin, il dédie un poème à l’Escorial de Madrid, monastère très populaire d’Espagne, qu’il qualifie d’un bastion maléfique du pouvoir religieux.

L’hiver a été très froid et je n’étais pas assez habillée. J’ai pris froid, le patron m’a soigné le soir avec des ventouses ça m’a bien soulagé les bronches. Ma soeur Herminia s’est marié avec Aquilino Gracia, un garçon aragonais de Luceni, près de Saragose, qui travaille à l’usine de Riomperoux. Elle l’a connu du temps que nous étions à Volandry, il est plus vieux qu’elle. Mes parents préféraient qu’elle se marie avec un jeune plus près de son âge.

Mes parents se sont mal conduits, ils n’ont rien donné pour les aider au mariage, ma soeur avait beaucoup travaillé pour aider mes parents, je l’ai fait remarquer un jour à ma mère, elle avait des remords, plus tard elle l’a récompensé. J’aimais beaucoup ma sœur, je l’accompagnais au bal et les sorties aux fêtes, nous étions comme des frères jumeaux.

Mes parents ont déménagé de Riomperoux pour habiter à Vizille. Mon père et mon frère ont trouvé du travail à Séchilienne, pour l’entreprise industrielle chargée de percer la conduite forcée pour alimenter la centrale électrique du péage de Vizille. La maison se trouvait dans la rue Générale De Gaulle, à l’angle opposé de la pharmacie avec la petite impasse. Plus tard ma sœur et son mari sont venus nous rejoindre.

Moi aussi j’ai quitté monsieur Janin je trouvais que ça serait long d’apprendre si je filais toujours des tuyaux et je ne participais pas à la pose des installations. Je suis allé travailler à Séchilienne. J’étais à l’équipe de transport, avec mon frère, trois prisonniers allemands, quatres italiens, cinq français. J’ai appris à parler un peu italien avec Moscardini qui était coiffeur, Vega, Rossini, Roma, les Allemands étaient très corrects mais discrets, les Français Ruef et son beau-frère qui habitaient au village de Séchilienne Rousset, très gentil, il a perdu un frère, fusillé par les Allemands, il avait un autre frère qui travaillait à Vizille. Notre travail, l’approvisionnement des chantiers, aller chercher les matériaux à la gare de Jarrie, décharger les wagons de sacs de ciment, du bois, des rails à wagonnets pour les galeries des conduites forcées, divers matériaux.

L’entreprise possédait deux grands camions et louait deux camions à des transporteurs de Vizille et à Livet Gavet. Le plus pénible c’était le déchargement des sacs de ciment. On les prenait au bras, avec un diable nous aurions évité de la peine et gagner du temps. Bien des fois en prenant le sac dans les bras, il cassait sur nos pieds.

Nous étions à l’air libre et mieux payés que dans les usines. Je me suis fait bien des amis. Je jouais à l’équipe de football. Tous les jeunes de Vizille ont sympathisé, mes parents ont fait connaissance avec des familles espagnoles qui sont devenues amies. Ils étaient plus heureux que à l’usine de Riomperoux, l’ambiance plus agréable.

Je me sentais aussi bien que dans mon village, les Frères Todeschini, Marcel, Maurice, Antoine, Vencin, les Frères Chang, Antoine, Ygnase, Camille, les Frères Berlati, Albert et Georges ils jouaient tous avec moi au football. Je garde un très beau souvenir d’eux et Vizille.

Je m’amusais bien, au cinéma, au bal, ça a été une période heureuse. Je jouais aux boules, au ping-pong, au billard, entouré d’amis, c’était merveilleux, malgré que nous gardions encore la nostalgie de notre village, sans oublier la famille avec la correspondance contrôlée, au risque de nuire selon le texte.

Les travaux de l’entreprise terminée, j’ai trouvé du travail à l’usine de meules artificielles à Vizille. J’étais bien apprécié du travail que j’étais chargé, contrôler la résistance des meules à une vitesse supérieure à la normale, qui doit tourner pour la sécurité des usagers, il peut y avoir un défaut, certaines meules casse au contrôle de vitesse. Ce n’était pas trop pénible mais une grande responsabilité. La direction a offert le repas annuel un samedi après-midi, un concours de boules avec les ouvriers de l’usine, au jeu de boules du café restaurant des platanes près de la gare. Le soir le repas j’avais écrit une histoire drôle pour amuser les copains mais mon français c’était un massacre avec mon accent catalan, ça les a bien amusés mais le directeur m’a dit « vous nous avez bien amusé avec votre chanson drôle, mais il faudra revoir votre français ».

Le concours de boules de l’usine c’est la cadrette que je jouais qui a gagné, une coupe fabriquée en pâte de meule, je garde un souvenir la photo des gagnants. Il y avait une ambiance très amicale à Vizille. L’été à la piscine c’était la fête, avec des soirées d’amusements, des jeux. La jeunesse et les adultes participaient dans toutes les fêtes de la ville, il y avait une vraie complicité en commun.

L’entreprise industrielle qui a construit la centrale électrique du péage de Vizille s’est installée à Bourg-Saint-Maurice pour la construction du barrage de Tignes mon père, mon frère et mon beau-frère sont allés travailler. Les salaires étaient plus intéressants malgré les déplacements, c’est comme ça que mes parents ont réussi à économiser quelques sous avec mon salaire et mon frère, ils rêvaient d’acheter une maison dans la région de Voiron.

Mon père rêvait aussi de prendre une ferme du côté de Sisteron, le climat lui plaisait. Je suis allé visiter une ferme et c’était une affaire de crever à travailler pour gagner une misère d’après un fermier espagnol installé tout près, il m’a déconseillé de nous installer, nous serions prisonniers de nous-mêmes.

J’ai quitté l’usine de meule pour monter travailler à l’entreprise industrielle à Bourg-Saint-Maurice. J’ai vu le directeur qui m’a bien reçu, son fils jouait au football avec moi et nous étions amis, il m’a donné une recommandation pour monsieur Montagnat, qui était responsable du chantier de la Fenêtre Treize, sur la montagne de Sainte-Foy avant d’arriver à Tignes.

Monsieur Montagnat était le président de l’équipe et la société sportive à Vizille et mon chef, je travaillais sur ses ordres à l’équipe des transports à Séchilienne, il a été très heureux de me prendre à l’équipe qui alimentait la galerie en agrégat de gravier, sable, ciment. Nous travaillons de faction huit heures, le travail, charger les convois de wagonnets avec les doses de gravier- sable- ciment, j’étais au dosage du ciment, une grande cuve avec une trappe ou coulait le ciment, avec une bascule qui pesait le ciment bien réglé, pour déterminer le poids.

Nous étions en altitude au pied de la forêt, à part le ciment, je respirais l’air pur avec la senteur des sapins. J’ai fait de nouveaux amis, le samedi soir il y avait le bal à Sainte Foix. Pour descendre au village à pied par les raccourcis, une demi-heure, pour monter, 1h30, j’étais jeune et j’aimais danser.

L’hiver, avec la neige, on descendait avec la luge. J’ai appris avec un copain du pays il avait deux soeurs et on descendait au bal avec une luge, chaque couple, les routes de montagne sont pleines de virages, avec les pieds on guidait la luge, c’était amusant mais un peu dangereux, à notre arrivée en bas de la vallée on déposait les luges au monte-charge qui desservait le chantier où nous travaillions, le lendemain nous récupérions les luges.

Ma mère mettait mon argent dans le livret de la Caisse d’Epargne, pour avoir de quoi pouvoir me marier un jour sans être gêné, j’avais trente ans quand elle m’a offert le carnet avec trois mille francs. Toutes les fois que je rentrais à la maison pour voir la famille et changer mon linge je lui donnais deux cents francs pour la peine qu’elle se donnait pour moi.

Sur le chantier, nous avions des baraques en bois avec des chambres à quatre lits, avec chauffage électrique, une table, une armoire individuelle, une table de nuit, les douches communes, une salle lingerie pour laver, salle de toilettes et cuisine avec des fours électriques, l’eau chaude et la cantine pour les repas, une épicerie, légumes, viandes, poisson et d’autres articles de dépannage, une salle de jeux avec café et boissons non alcoolisées.

Le Partie de Tigne à la Fenêtre treize était percé avec les voûtes en finitions d’étanchette, l’eau s’infiltrait par les parties où le béton avait des porosités à certains endroits, les dimanches, de temps en temps j’allais voir mon père et mon frère aux Brévières, au pied du barrage, c’est là qu’ils logeaient les ouvriers du chantier, une heure et demie de marche à pied dans les galeries avec une tenue imperméable pour me préserver de la pluie aux endroits où l’étanchéité n’était pas terminée.

Mon frère travaillait au barrage avec un vibreur à pression, c’était très pénible et dangereux. L’appareil très lourd à manier, les pieds dans le béton frais, les bottes se collaient au béton. Les bennes chargées de plusieurs tonnes arrivaient en cadence. La liaison par talkie-walkie était approximative, avec le balant des bennes il y a eu bien d’accidents mortels, c’était mieux payé mais la vie n’a pas de prix.

En 1953, les travaux se sont terminés et mes parents ont acheté une petite maison à Saint Etienne de Crossey, ma sœur Herminia a trouvé une petite maison où se loger près du village, derrière les carrières, nous bricolions en attendant de trouver un travail stable. La maison se trouvait au milieu du village avec la route qui passait devant, c’était très incommode et dangereux, la même agence nous a proposé une maison avec un peu de terrain au pilet de Coublevie, ça leur a bien plu, l’agence s’est chargée de revendre la maison de Saint Etienne de Crossey, mes parents se sont installés au Pilet.

Après quelques mois, nous avons trouvé du travail. Mon père chez Reidel dans le bâtiment, mon frère aussi, moi je suis allé à Grenoble, influencé par des amis italiens qui travaillaient pour une entreprise de carrelage. J’ai loué une chambre chez une dame, au rez-de-chaussée, le long des quais près du pont, face à la rue Saint-Laurent. Un autre monsieur logeait chez elle, nous lui tenions compagnie. Tous les dimanches je lui apportais un petit gâteau, le monsieur aussi lui faisait des gentillesses.

Je travaillais comme manœuvre pour approvisionner les chantiers. Le travail ne manquait pas au bâtiment, il fallait reconstruire la France. Ravello et Morando, l’entreprise de carrelage plus importante de Grenoble. Avec Ravelo et Morando deux copains italiens qui sont venus en France après la guerre de 14-18. A force de travailler ensemble ils ont créé une société très importante. Ils étaient très gentils mais rigoureux, ils formaient des jeunes apprentis, je voulais apprendre aussi mais j’étais toujours à la manutention et au lavage de carrelage après les peintres, avant de livrer les appartements, l’entreprise de carrelage se chargeait du lavage du carrelage.

Mon frère est venu aussi travailler à la même entreprise, il logeait à la même chambre, nous avons installé un lit. La locataire était d’accord, par la même occasion elle bénéficiait d’une location supplémentaire. A Grenoble nous avons fait de nouveaux amis espagnols, réfugiés, des immigrés d’après la guerre 14-18, la plupart travaillaient aux établissements Brun. A la salle de mutuelle de Saint Martin d’Hères, nous organisions des fêtes évoquant l’Espagne, des soirées de bal.

Chez Reidel, mon père très communicatif à sympathiser avec M. Cochet, architecte de l’entreprise, passionné de football et supporters de l’équipe de Voiron, mon père lui a parlé de moi, que j’avais joué au football, que je voulais apprendre le métier de carreleur mais l’entreprise de carrelage où je travaillais ne me donnait pas la possibilité, monsieur Cochet a proposé à mon père que l’artisan carreleur qui travaille pour l’entreprise cherchait un ouvrier, ou aide pour lui apprendre le métier par la même occasion.

C’est monsieur Petisi à La Murette qui m’a donné rendez-vous et nous avons été d’accord pour faire l’apprentissage chez lui. J’ai quitté mes anciens employeurs sans regret, je voulais vraiment apprendre ce métier malgré que c’était très pénible mais j’avais l’habitude des travaux pénibles. C’est près de chez moi que j’ai commencé avec le fils monsieur Petisi à apprendre à poser de la mosaïque dans la salle de bain de Monsieur et Madame Sauvage.

L’entreprise Roche de Saint Etienne avait chargé monsieur Petisi du recrutement et de mener à bien les travaux de quelques secteurs. C’est au nom de l’entreprise Roche que nous travaillions, M Petisi conducteur des travaux, responsable des ouvriers, nous étions deux espagnols et deux cousins italiens de monsieur Petisi et son fils. Nous avons commencé à la Ricamarie, près de Saint Etienne, dans une cité en construction, destinée aux familles de mineurs.

C’était début février 1956, le froid est arrivé subitement, nous obligeant d’arrêter les travaux pendant deux semaines. Ça a été une année exceptionnelle, Marco, El Michel, cousins de monsieur Petisi étaient mariés avec deux enfants à charge et Vicente mon compatriote, également marié avec deux enfants. Vers la fin du mois de février nous avons repris les travaux, les carreaux du sol, du Sol-Brenaz 20×20 aggloméré de ciment, avec des déchets de marbre pressés. Des sols à bon marché mais solides.

Nous avons terminé la cité de la Rocamerie, Marco et Michel sont partis avec monsieur Petisi pour assurer les chantiers de la région Voironnaise, il nous a laissé avec son fils Hubert pour mener les travaux de l’entreprise Roche et nous avons suivi les travaux dans les cités ouvrières de Saint Etienne. Nous logions à l’hôtel, repas compris. Nous étions payés à l’heure, les déplacements et l’hôtel à la charge de l’entreprise. Les chantiers de la région Saint-Étienne terminés, nous avons été à Mâcon, toujours les mêmes cités ouvrières, pour la fabrique d’allumettes, nous logions dans un petit hôtel dehors de la ville à côté de la fabrique d’allumettes. Les patrons, des pieds-noirs du Maroc, très gentil, avec une cuisine de maison très bonne et copieuse et pas très loin du chantier, les samedis soir nous allions au bal ou au cinéma, nous avons fait la connaissance d’espagnols réfugiés comme moi installés à Mâcon depuis la fin de la guerre d’Espagne, recueillies par la mairie.

Chaque année, la communauté espagnole organisait une fête pour remercier le maire de la ville et ses habitants, je me suis porté volontaire pour chanter une chanson que j’avais écrite en mauvais français, histoire de rire et un petit numéro espagnol de mon imagination avec un complice. Les gens se sont bien amusés, Monsieur le maire m’a félicité malgré qu’il n’ait rien compris.

Nous avons fait un déplacement à Valence, à la poudrière militaire, pour des travaux de nouveaux locaux. Nous logions dans un hôtel, dans la grande avenue. Pendant notre séjour, il y avait la foire, le soir nous allions faire un tour et j’ai été très chanceux, a lancer des arceaux pour les bouteilles et à la loterie j’ai gagné un canard de barberie au loto et 3 bouteilles du mousseux, j’ai changé le canard avec deux bouteilles, ça nous a fait cinq bouteilles du mousseux. Le matin au casse-croûte nous buvions une bouteille à trois, c’était mieux que l’eau que nous buvions d’habitude.

De Valence nous sommes allés à Privas pour des travaux à la nouvelle gendarmerie et la nouvelle école. Nous logions dans un petit hôtel-restaurant à la sortie de la ville, c’est là que Hubert Petisi a fait connaissance de sa femme, c’est elle qui servait les clients à table, ça a été le coup de foudre pour les deux amoureux.

Après Privas, mon compatriote Vicente a quitté l’entreprise pour travailler sur Grenoble et pour avoir une vie plus familiale. Il a trouvé du travail à l’entreprise Rivoira, je suis allé plus tard, monsieur Petisi connaissait l’entreprise, il avait travaillé en sous-traitant. J’ai travaillé quelques mois et j’ai lu une demande de carreleur sur la région parisienne, tout près de Versailles, j’avais envie d’apprendre d’autres méthodes, d’approfondir mon métier, je suis monté à Paris, direction Versailles par la porte d’Orléans. Dans un coin à la campagne, l’entreprise Constructions Modernes de Paris effectuait les travaux d’un complexe de laboratoire de recherche atomique. Des mobil-homes pour loger les ouvriers, la cantine dans une ferme occupée par l’entreprise.

Les ouvriers la plupart des Italiens et Espagnols. Le chef du chantier italien. L’ambiance très amicale. J’ai appris à pratiquer la pose à l’espagnol et des petites astuces personnelles qui rendent service dans le métier. Les dimanches je visitais Paris et rendu visite à des amis, ils étaient très mal logés. La reconstruction commençait par tous les quartiers de Paris.

J’ai trouvé l’occasion dans une annonce pour travailler à Annecy, à l’entreprise Girod, avec déplacements à la charge de l’entreprise. J’ai quitté la région parisienne et je me suis engagé chez M Girod. L’entreprise très solide et sérieuse. Son fils s’occupait des chantiers, il était très gentil, un peu plus jeune que moi, il nous arrivait les samedis soir et les dimanches de nous trouver au bal et les fêtes de la région. Je logeais dans un petit hôtel-restaurant familial, un couple avec une petite fille et la grand-mère qui s’occupait de la cuisine. J’ai appris des systèmes de pose différents.

Pendant que je travaillais en déplacement, j’ai économisé de quoi m’acheter une voiture, j’ai passé mon permis et j’ai trouvé l’occasion à Voiron une aronde qui avait 30000 km au compteur,  ça m’a bien rendu service car la correspondance des transports pour aller de Voiron à Annecy, il fallait passer par Grenoble avec des heures pas bien commodes, j’arrivais à destination à midi avec départ de Voiron à huit heures.

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