« le chemin de ma vie «
mon enfance
( ceci est le début de l’autobiographie de mon grand-père que je vais essayer de retranscrire tous les jours)

Francisco Campistany Arno
né le 13 janvier 1922
à Almacelles ( Lérida) Espagne
I
Je suis né le 13 janvier 1922 à Almacelles, province de Lérida Espagne.
Mes souvenirs remontent très loin. Je marchais à peine. Mes parents habitaient dans un appartement au premier étage, les voisins de la maison à côté, une famille très gentille de Madrid, Don José, instituteur, segñora Mercedes, un garçon de 15 ans Luis et une fille de 12 ans Dolorès.
Ils me gâtaient avec des friandises et me surnommaient Paquito, les castillans par tradition, Francisco c’est Paquito.
La rue était parallèle à la grande rue où il y a les plus grands magasins du village, une boulangerie-charcuterie était tout prêt à l’angle de la grande rue.
Mon père, ouvrier agricole, travaillait avec une équipe de copains à couper les luzernes avec la faux, payés à la pièce, et avec son frère Daniel il s’occupait de l’abattage des cochons. Pendant l’hiver les familles d’agriculteurs tuaient des cochons pour leurs besoins de viande, ce travail complémentaire apportait une aide financière aux ménages.
Avec les économies bientôt acheta une vieille jument et une bourrique pour labourer. Il trouva une maison plus grande où il pouvait loger les bêtes.
Je me souviens que j’étais encore très petit, une tante de 10 ans « Nieves » venez me garder pendant que ma mère allait aux champs mais ma tante est morte à 12 ans, c’était la plus jeune de la famille de ma mère. Plus tard l’oncle Manuel à 16 ans très malade, il décédait.
La jument en cinq ans nous donna deux poulains blonds- marron très beaux, avec des économies mon père a acheté deux jeunes mulets très solides pour les labours car chaque année il louait de nouveaux champs pour les semer et gagnait plus d’argent. Ma mère l’aidait tant qu’elle le pouvait pour les travaux des champs, mois plus tard dès que j’avais 9 ans ils me prenaient pour les aider à planter les betteraves, les maïs, à biner après, je remplaçais un journalier.
Je manquais souvent l’école comme tous les enfants d’agriculteurs. Mon père le regrettait, mais je continuais à l’accompagner aux travaux des champs car il avait pris des parcelles de terre à la propriété du Comte de Gimenells, à 6 km du village, des terres vierges très rentables pour les céréales. Je débroussaillais, coupant et arrachant les plantes sauvages.
Avec mon père et ma mère, j’ai participé à construire un mât en pissé pour avoir un abri car le vieux mât était tombé en ruine, avec des branche en bois, un maçon et mon père pressaient la terre humide, mélange de petits cailloux et la paille très courte. Avec ma mère on a porté les cabas de terre. Le mât finit, on pouvait abriter quatre paires de chevaux.
Dans un coin une réserve de paille qui servait pour les bêtes et a coucher pour les gens, car on restait toute la semaine et on rentrait le samedi soir.
Mon père chasseur m’a appris à poser les pièges pour les lapins et les lièvres et très souvent on mangeait du gibier qui nous améliorait les flageolets et les pommes de terre. A cette époque la région était très déserte, pas d’arbres, seulement des romarins, thyms, genets, tamaris, épineux, chanvre sauvage qui servait à faire des perruques, des cabas et une quantité d’objets très utiles.
Au lever du jour et le soir au coucher du soleil on entendait le chant des perdrix. La nuit le renard et les chouettes sur le toit du mât, j’ai aimé cette vue, de l’horizon à l’infini du côté d’Aragon, des champs de céréales à perte de vue le bourg de Vallebonne et Gimenells, vestiges du temps des arabes, et le doux parfum des plantes sauvages.
Je m’amusais à regarder les étoiles, la grande ourse, la petite étoile polaire, les étoiles filantes, la lune qui semblait me regarder d’un air moqueur, je me sentais heureux avec tous ces braves gens qui travaillaient durement même si ces efforts étaient payés par des bonnes récoltes.
Les aragonais qui travaillaient chez nous avec ces chants qui chantaient la joie et la peine avec des petits couplets qui chantaient aux sérénade, pendant les labours dans les champs ou d’autres travaux, surtout le soir avec les guitares et mandolines accompagnant le chanteur. Ca donnait l’impression qu’une voix venue de loin vous versait, vous enivrait de bonheur. Mon père qui fréquentait bien les aragonais chantait aussi ces chants car il aimait chanter tout en travaillant.
Les gens vivaient en bonne harmonie, dans les rues du village les personnes âgées faisaient causette aux arcades de la place de l’église. Le soir après rentrés des champs, les hommes allaient au café, les jeunes gens se promenaient dans la grande rue tout le long du village de la route histoire de se rencontrer entre jeunes.
Dans ma région la plupart des gens vivaient heureux, les machines agricoles commençaient à arriver et les agriculteurs riches en profitèrent mais l’agriculture manquait des bras pour ramasser les récoltes d’olives, maïs, betterave à sucre. Les machines n’existaient pas encore, pour certains travaux.
Avec mes copains j’allais me baigner l’été dans les trous des canaux d’irrigation malgré que c’était interdit car l’eau était potable et beaucoup de gens buvaient cette eau dans les champs, l’oncle Pierre, frère de mon père, gardait les canaux. Un jour tout près du village, derrière l’école neuve, il y avait un trou où nous nous baignons tranquillement et tout d’un coup nous avons vu le garde avec une canne qui nous menaçait et criait « bande de voyous ! sales gamins » : nous avons pris nos affaires, chemises, pantalons, espadrilles et nous sommes partis à travers champs tout nus et les pieds tout blessés, d’avoir marché dans un champ de luzerne qui venait d’être coupé, les tronçons nous piquaient les pieds, nous sommes rentrés en passant devant la tuilerie et deux dames qui nous ont vu courir tout nu se moquaient de nous mais nous très vexés et honteux ne disions rien.
Pour battre les céréales à ce temps-là, les batteuses venaient juste d’apparaître et on continuait à battre à l’ancienne méthode, autour du village des places en terre battue qu’on appelait « aères » , on éparpillait les germes de céréales en rond, un très grand rond et avec un rouleau de pierre, tiré par une mule ou cheval, ou roulait, écrasant tout, ça dégrainait les épis, la paille écrasée plus souple.
En plus du rouleau en pierre on avait une planche de 80 cm de large par 120 cm de long avec des disques coupants qui roulaient et coupaient la paille à 10 cm de longueur à peu près, la personne qui tenait la bête par une corde tirait le rouleau tournant en haut, c’était très pénible, imaginez 35 à 40° de chaleur en plein soleil et rester sur place tournant en rond dès 9h du matin à 14h, même avec un chapeau sur la tête, c’était impossible.
On changeait de personne toutes les 30 minutes car on tournait la paille toutes les heures. Pour la personne qui tournait la planche c’était plus agréable : on roulait debout et on faisait trotter la bête, ça nous donne un peu d’air, moi je chantais et je n’étais pas le seul.
Après avoir fini la corvée de dégrainer il fallait séparer la paille du grain, pour ça il fallait du vent et vers 16h ou 17h la marinade ou la tramontane arrivait.


Avec des fourches en bois on jetait la fourche en l’air contre le vent et la paille soufflée par le vent tombait plus loin séparée du grain, il fallait faire des tranches ,3 ou 4 car c’était un grand rond l’espace à éventé, avec du bon vent deux heures.
Une fois séparé la paille du grain on ramassait le grain avec les impuretés avec une pelle en bois on ventait les grains, dernière opération, avec un grand ami on tamisait les grains pour les mettre dans des sacs. La journée n’était pas encore terminée il fallait mettre la paille à la meule avec une grande fourche en bois et tasser bien la paille, rentrer les sacs de grains au grainer, voilà une longue journée bien remplie.
Il fallait plusieurs jours pour battre les récoltes selon la quantité récoltée et petit à petit la batteuse a remplacé la corvée avec les bêtes, et en 1935 la première moissonneuse-batteuse fit apparition dans une grande propriété de la haute plaine « Le mas del llao » .
Mon père était un chasseur très populaire et connu dans la région, il était très demandé, par des propriétaires de chasse gardées pour accompagner des chasseurs venus des villes de Terrase, Savadell, Barcelone, des industriels et des cadres non expérimentés à la chasse, il était très bien payé et il recevait des cadeaux, une pièce de tissu pour faire une robe à ma mère une de laine pour un costume à mon père une boîte de cigarettes mais je ne fume pas vous les offrirez à vos amis. Ils venaient en fin de semaine. Je suis allé quelques fois avec mon père pour porter la musette du casse-croûte du matin, ça me plaisait bien malgré qu’il fallait marcher beaucoup et à midi on mangeait chez le garde-chasse avec une bonne paella que préparait sa femme et nous dégustions le délicieux melon d’hiver, qu’on a accroché avec des lianes de roseaux aux poutres du plafond de la cuisine.
Le soir les chasseurs partaient très contents avec quelques lièvres et perdrix que mon père et le garde-chasse avaient tué, en arrivant chez eux ils faisaient croire que c’était eux, inventaient des histoires comme tous les mauvais chasseurs qui se respectent.
A cette période de l’année les étourneaux venaient par groupes de milliers à chapardé les olives de la région et couchaient le soir sur les vastes étendus de jaunes tout le long de la petite rivière salée. Le soir c’était un vrai spectacle de voir les vols d’étourneaux faire des arabesques et des figures étranges pour éviter les éperviers qui les chassaient, il fallait qu’ils se tiennent bien groupés, si un oiseau s’écartait du groupe l’épervier le prenait dans ses griffes.
Mon père avec un ami les chassaient pendant la nuit et les vendaient à Zaragose à un marchand, ils les vendaientt à la douzaine et une fois comptés avec des sacs on les expédiait par le train à Zaragose . Au bord de l’arbre il chassait aussi les étourneaux en grande quantité, on les mettait en conserve pour la vente commerciale. Ma mère les conservait une fois passé au poêle, les mettait dans une jarre avec de l’huile d’olive, ils étaient délicieux.
J’ai pleins de beaux souvenirs de mon enfance, un jour mon père chassait au bord de la petite rivière salée les canards sauvages et dans un grand trou d’eau, il vit une tanche énorme en surface, il la tira avec son fusil et la mena à la maison, ma mère lui dit « tu vas à la chasse, tu m’apportes du poisson !» lui répond « tu sais bien que je n’aime pas rentrer bredouille ».
Un ami voisin qui a vu la tanche, il a proposé à mon père de faire une partie de pêche pour régaler tous les voisins de poisson car il avait l’idée de vider le trou d’eau de la petite rivière en déviant l’eau du trou, mon père comprit que c’était faisable et dès que le niveau d’eau de la rivière serait au plus bas on tenterait le coût.
C’est à la fin du mois de septembre de l’année qu’il se décidait un jour, le dimanche, je vis arriver la charrette avec la vieille jument chargée de grosses bassines pleine de poissons avec des anguilles grosses comme mon bras, tout le quartier fut alerté, les enfants curieux de voir autant de poissons très heureux de pouvoir les toucher, mon père et son copain très heureux eux aussi d’avoir réussi ce mirent à distribuer à tous les voisins du quartier le poisson équitablement et gratuit.
Tout le village fut au courant parlaient de cette pêche miraculeuse, au village personne allait à la pêche malgré que les gens mangeaient bien du poisson de mer et la poissonnière du village passait deux fois par semaine dans les rues pour vendre son poisson frais qui arrivait par le train.
Dans ce temps-là c’était la monarchie, des lois pas bien justes pour les travailleurs, le droit de grève interdit, je vois encore sur la grande place devant l’église des journaliers attendre les patrons qui venaient chercher un ou deux journaliers le matin. Le prix de la journée était fixé par les patrons, payé en fin de semaine.
Un désir de liberté couvait depuis longtemps en Espagne et les responsables politiques menaient des campagnes pour réveiller les opprimés du régime. L’armée possédait plus d’officiers que la France, l’Italie, l’Allemagne réunie. L’église financée par l’état, les enfants des bourgeois qui ont zéro aux études on les plaçait à l’armée ou à l’administration avec l’aide des relations un régime semi-féodal régnait.
Dans l’armée certains officiers se mobilisaient, on parlait d’un complot pour destituer le roi et deux capitaines de la garnison de Jaca de la province de Huesca, Aragon, complotaient un soulèvement des troupes, espérant que les garnisons de Zaragose et d’autres régions d’Espagne feraient de même d’après des préparatifs et accords de certains généraux.
Les capitaines Fermin Galan et Garcia Hernandez se soulevèrent avec ses garnisons de Jaca mais ils furent trahis et arrêtés.
Le capitaine Fermin Galan était célibataire et son copain Garcia Hernandez marié. Il avait une petite fille et Fermin Galan lui conseillait de partir en France avec sa femme et l’enfant mais il refusait de partir, ils furent fusillés un jour interdits par la loi militaire, le dimanche, par ordre du roi Alphonse XIII. La mort des deux capitaines souleva, enflamma l’Espagne. Des élections furent effectuées dans toute l’Espagne. Je me souviens bien de ces événements, mes parents très engagés aux élections, s’occupaient d’aller chez les personnes âgées pour les encourager à voter pour la République. Le 12 avril 1931 La République gagnait les élections. Je vois mes parents et amis fou de joie et le 14 avril on proclamait la République dans toute l’Espagne.
A mon village c’était la grande fête. A ma rue on construit un arc avec des branches de peupliers garnies de fleurs et un écriteau « vive le 14 avril, vive la république ». La fanfare du village passait dans les rues en jouant La Marseillaise, certaines personnes pleuraient de joie et mes parents chantaient en catalan cet air si populaire de la République française.
Moi comme tous les enfants du village on suivait la fanfare, certains surpris par la musique sortaient à moitié déshabillés, les enfants les espadrilles sans les attacher, la chemise en dehors du pantalon, ils venaient grossir le troupeau de curieux et tous les ans après c’était comme ça le jour du 14 avril.
Le roi Alphonse XIII avec sa famille, quitta l’Espagne pour s’installer en France. La République instaurée des nouvelles lois, les 8 heures, le droit à la grève, un minimum fixe de salaire dans l’industrie et l’agriculture, la séparation de l’église et l’état et bien d’autres lois qui dérangeaient la bourgeoisie. Les journaliers agricoles étaient inscris à la bourse du travail et les patrons prenaient le premier journalier de la liste. Ils ne pouvaient pas choisir. Les gens changèrent, les rapports plus discrets malgré qu’un respect mutuel régnait dans le village il se créa deux clans : la droite et la gauche. Avant au café on jouait aux cartes avec n’importe qui du village, la droite ouvrit un café à part, une salle de bal pour les jeunes.
La lutte des classes commençait. Le centre démocrate fasciste, le centre républicain, les socialistes, les communistes, qui firent bande à part, mais malgré ces divergences il restait une grande solidarité entre les gens du village. Un jour le feu brûlait une grande meule de paille à la propriété d’un riche propriétaire, tout le village avec des seaux porta secours pour éteindre le feu car il n’y avait pas de pompiers à ce temps-là.
Les républicains n’étaient pas obligés d’aller à l’église pour les enterrements et aux enterrements républicains il y avait la fanfare qui jouait un air très triste, les catholiques disaient « on dirait qu’ils enterrent un chien » mais moi je trouvais plus joli avec la musique, monsieur le curé parlait des choses que je ne comprenais pas en latin.
Même les enfants se mêlaient de politique et à défendaient les convictions de leurs parents. Mais la République trouvait vite des nouveaux ennemis, sans compter la droite les partis de gauche mettaient tous des bâtons dans les pattes de la République.
Nous avions changé de maison, toute neuve près de mes grands-parents, achetée avec les économies de mes parents, elle était plus grande et confortable. A côté des écoles de filles avec une grande place on jouait au football.
Je me rappelle que la droite arrêtait les responsables de la gauche avec un coup fourré qui ne durait pas, mais mon père, le maire et une douzaine d’autres personnes on les a mit en prison à Lérida, ils restèrent dix jours, l’ordre retrouvé, mais la République chancelait.
J’étais avec mon père au mas de Gimenells, il m’apprenait à labourer, des hommes passaient par les chemins direction Lérida, mon père m’expliquait d’où ils venaient : le 7 octobre 1934 les socialistes avec son chef Manuel Grossi proclamaient la république socialiste à Mieres, soutenu par plus de 50.000 mineurs des mines d’Oviedo c’était un coup monté contre la République. L’armée appellée contrôla la situation. Après plusieurs morts et blessés, les mineurs arrêtés, emprisonnés, et ces gens qui passaient à travers des champs c’étaient des mineurs en fuite qui venaient se cacher dans les villes de Catalogne. Un de ces mineurs nous rendit visite pendant le repas de midi tout en mangeant nous expliquait les événements tragiques mais mon père était déjà au courant par les journaux. Mon père ne comprenait pas pourquoi dans un pays démocratique où la République venait de commencer à mettre un peu de justice et de liberté, vous vous révoltez, pour mettre une république socialiste qui ne vous apporterait de plus de ce que nous avons.
Mon père lui disait : il faut renforcer la République et continuer à avancer en consolidant et créer plus d’industries, d’école pour instruire les jeunes, moi je regrette d’avoir été privé longtemps d’école et je vais payer des cours pour rattraper un peu ce que mon fils à perdu en le privant souvent, je voudrais que plus tard il apprenne un métier moins fatiguant que l’agriculteur.
Je me souviens de la première gifle que m’a donné mon père, ce fut la dernière, j’étais avec les copains nous nous promenions tout le long d’un canal d’irrigation il faisait très chaud nous nous sommes baignés et nous avons tardé un peu pour rentrer, ma mère s’inquiétait, il était l’heure passée pour le dîner, alors mon père est venu à ma rencontre, un petit garçon lui a dit où nous étions. Pendant que je rentrais tranquillement avec les copains, je vois mon père sortir de derrière un massif de cannes, il m’a donné un coup de la main sur la tête et ça m’a bien surpris et vexé, mais ça m’a pas fait mal, je crois que c’est lui qui avait mal de m’avoir frappé.
Nous étions très proches, il me confiait tous ces projets, ces problèmes. Quand il avait mon âge il coupait à la fois le blé et la luzerne l’été, l’hiver a nettoyer les canaux les pieds dans la vase, il avait fait porteur d’eau à 10 ans, avec une grande cruche, il avait un parcours à faire pour donner à boire aux ouvriers qui travaillaient à la construction du grand canal.
Il a vu mourir son frère Manuel, 15 ans, écrasé par un tas de graviers et sable dans la carrière où il travaillait récit : » je coupais de la luzerne dans un champ pas loin et j’ai entendu crier du côté de la carrière, son copain levait les bras de mon côté en criant, j’ai compris tout de suite qu’un malheur venait d’arriver à mon frère.
Je suis arrivé en courant, j’ai pris la pelle pour dégager mon frère mais il était trop tard, le poids de l’éboulis de gravier et sable l’avait écrasé et étouffé.
Je grattais avec mes mains en colère et je pleurais impuissant et désespéré de voir mon frère mort.
Nous étions très heureux de vivre dans la nouvelle maison à côté des grands-parents. Tous les soirs en rentrant des champs, mes oncles venaient voir les grands-parents, c’était la réunion de famille. Un jour l’oncle Joseph, mari de la sœur plus grande de ma mère, elle s’appelait Mariette, il a décédé, malade du cœur. Ma tante veuve, avec 3 filles, un garçon, fut recueilli par mes grands-parents. Ma grand-mère très âgée avec ses fils très grands, la tante Mariette l’aidait à faire le ménage. Pour les loger nous avions de la place au grenier que nous avons aménagé avec deux chambres, une cuisine et salle à manger. Mon cousin s’appelait José, il avait 2 ans de moins que moi, il était très gentil, il rigolait toujours. Nous sommes devenus inséparables. Les cousines, Maria 3 ans plus grande que moi, Pépita, une année plus grande, Miliette, la plus petite 7 ans de moins que moi, ils étaient chez nous et chez les grands-parents à côté, on s’entendait très bien, je dansais avec mes cousines, on se marchait sur les pieds tellement on savait danser.
Les grands-parents ont acheté la maison que nous avions dans la rue du 14 avril et la tante Mariette pris possession de la maison avec ses enfants, sa grande fille Maria est resté chez les grands-parents pour aider la grand-mère, ils étaient vraiment gentils mes grands-parents et je regrettais de pas avoir des grands-parents du côté de mon père.
J’aimais monter au grenier avec mon grand-père, il avait des figues séchées sur un cani, des pruneaux, des grappes de raisin accrochés aux poutres, les grains de raisins séchés, des amandes, des pommes, je me régalais pendant que grand-père tournait les feuilles de tabac qu’il avait récoltées dans son jardin.
Il a bien réussi sa vie à force de travailler d’abord comme journalier avec un copain. Ils emballaient la paille avec une machine qui ressemblait à une caisse, on la bourrait de paille et avec deux barres de fer, on faisait pression sur un couvercle qui tassait la paille avec des fils de fer qui attachaient la paille en forme d’un grand paquet appelé balle.
Une grande famille 12 enfants mais j’ai connu 9 seulement. L’eau du canal en travaillant bien les terres donnait des bonnes récoltes, c’est comme ça qu’il a bien réussi à présent il se promène, il aime aller voir les champs et donner des conseils à ses fils.
Ma famille est tellement grande que je n’aurais pas le temps de vous parler de tout le monde. Mes oncles et cousins du côté de la famille de mon père, avec j’ai passé de très heureux moments, surtout avec le cousin Perret deux ans plus grand que moi, fils de mon oncle Pierre, garde des eaux du canal.
Un autre cousin Pierre deux ans de plus que moi et fils de l’oncle Joseph, l’aîné de la famille. Nous nous trouvions souvent à Gimenells au mas pour travailler. L’oncle travaillait une grande parcelle à côté de la nôtre, avec mon cousin on posait des pièges pour les oiseaux et le gibier.
Nous commencions à apprendre à tirer le gibier avec le fusil et on se faisait la concurrence, il avait tué un lapin, moi une perdrix, nous aimions chercher des nids et chasser les gros lézards verts, les couleuvres très abondantes dans la contrée un peu déserte.
Mes parents étaient très inquiets de ce qui se passait dans les partis politiques, critiquaient La République, malgré tous les efforts faits, construction d’écoles, la réforme agraire et tant d’autres, lois.
Malheureusement, de complots en complots, la République déstabilisée, c’est le 18 juillet 1936 que fut la révolution de l’armée, avec le général Franco ou Maroc et le général Queipo del Llano, à Séville, et la complicité de la plus grande majorité des généraux de l’armée.
La guerre civile commençait à ensanglanter l’Espagne avec des appels de propagande mensongères d’une part, de l’autre « vive la république » » vive la liberté » « la passionaria » du Parti communiste elle criait « no pasaran » « ils ne passeront pas » travailleurs tous unis contre le fascisme, À Barcelone et toute ville d’Espagne contrôlées par la République c’était la pagaille.
On arrêtait les dirigeants de la droite considérés comme fascistes, les religieux qui se révoltaient on les fusillait, du côté contrôlé par les troupes franquistes on fusillait les républicains, socialistes, communistes, on s’entretuait entre frères et cousins de la même famille.
La nuit du 18 juillet vers 10h du soir mon père vient à la maison avec un ami et il prit son fusil et des cartouches plein les poches et sa cartouchière, ils repartirent très inquiets, une fois parti je regardais ma mère, elle m’a pris dans ses bras et m’a embrassé très fort en pleurant, c’est la guerre m’a dit, elle m’a expliqué pourquoi mon père avait pris son fusil, il va rejoindre d’autres copains à la gare du village. Ils envisageaient de préparer un convoi de wagons et les mettre sur la voie en direction d’Aragon au cas où un train de l’armée franquiste monterait vers Lérida.
Du balcon du côté de la rue nous regardions toute la nuit pour voir si quelque chose bougeait du côté d’Aragon, sur la voie du chemin de fer et sur la route nous avons passé la nuit à attendre, mon père est revenu il nous a dit que les franquistes étaient arrêtés à Saragosse et tout le long de la rivière L’Ebre, qu’une ligne de front était établie par les combattants de la République.
Les milices de la République firent des fouilles chez les responsables de la droite pour récupérer leurs armes et les gendarmes, qui étaient les enfants gâtés de la bourgeoisie, enfermés dans la gendarmerie, ils ne voulaient pas se rendre aux ordres des milices à la ligne. Les soldats installèrent des mitrailleuses autour de la gendarmerie, monsieur le maire parlementa avec le chef des gendarmes mais têtu comme une mule ne voulait rien savoir. Après quelques heures d’attente, une femme des gendarmes sortie au balcon avec des gendarmes en criant : « vive la république ! » les gendarmes sont au service de la république : des soldats prirent le chef comme prisonnier.
Les gendarmes restaient aux ordres de l’armée et furent engagés avec les troupes républicaines, dans le village du côté d’Aragon et Altorricon le curé tirait sur les soldats qui voulaient l’arrêter par ordre du gouvernement, mais il ne voulait pas se rendre, malheureusement il fut tué par un soldat.
A Tamarite, la gendarmerie se retranchait avec les religieux du couvent des moines, ils tiraient contre les soldats qui leur demandaient de se rendre, ils n’écoutaient pas, ils furent délogés par un avion appelé aux autorités de Lérida, l’avion laissa tomber deux bombes au pied du bâtiment pour les intimider à se rendre, et sans tarder ils sortirent tous les mains levées en l’air, ils furent amenés à Lérida avec les camions de l’armée.
Les couvents furent fouillés et dans les fouilles du couvent des nonnes, ils trouvèrent des doubles cloisons en briques où il y avait des cadavres de nouveau-nés, et ça discrédita l’église. Les gens allaient voir comme une chose d’horreur par curiosité.
Les anarchistes venant des villes, ordonnaient aux autorités de brûler tous les objets religieux de l’église, saints, le sépulcre, tout, autrement ils mettaient le feu à l’église, le maire leur dit que les meubles et les objets ne font mal à personne, mais ils n’écoutèrent pas et déménagèrent tout au milieu de la place, ils mirent le feu.
Le bois sentait la cire, on cassait les saints en plâtre ça faisait un grand feu de la Saint Jean, les gens, à part quelques jeunes, regardaient tristement, moi, je rentrais à la maison avec une dame âgée qui me disait, « ces sauvages Dieu les punira, on n’a pas le droit de faire ça », malgré que je n’étais pas bien croyant je lui donnais raison.
Dans les maisons on retirait tous les signes religieux, crucifix, vierges, croix, images religieuses, même les livres de messe. Les religieux étaient recherchés comme des bandits. Dans le village nous avions un curé fils de parents ébénistes très estimés, il était très libéral, le maire lui conseilla de s’habiller comme tout le monde et de dire aux enfants de l’appeler par son nom Manuel.
Dans les deux camps on organisait la chasse aux ennemis du régime antifasciste contre fasciste et vice-versa.
Les camions de soldats et volontaires, direction les fronts de résistance d’Aragon, passaient par le village et les gens apportaient à boire et à manger en se disant : ils vont tous à l’abattoir pour défendre la liberté, ils criaient « à bas le fascisme ! vive la république » ! Des drapeaux avec des lettres U.G.T. – C.N.T.- F.A.I.- P.O.U.M.- les communistes, socialistes, anarchistes, extrémistes de gauche c’étaient des caravanes tous les jours.
Une fois les lignes de front de résistance établies, il fallait organiser le travail dans les usines ou les patrons ou chefs sont partis. Ceux qui restèrent furent arrêtés et mis en prison ou fusillés, des comités furent nommés pour gérer tout ce qui était abandonné par des patrons.
Des collectivités se formèrent à la campagne pour gérer et travailler les terres abandonnées et les grands propriétaires dans les domaines de Gimenells, Sucs, et Sucllets, Valarbone, s’installèrent des collectivités sans succès, les journaliers agricoles peu motivés et sans personne autoritaire, ce fut l’anarchie et la pagaille malgré qu’ils avaient tous les moyens sur place pour réussir, les agriculteurs comme mon père indépendant leur prêtèrent pendant 15 jours les bêtes pour préparer les terres et semer.
Mon père semait tous les ans un peu plus de terre, il fit du même avec la guerre il fallait produire le maximum car dans les tranchées les combattants dans les villes les travailleurs il faudra qu’il ne manque pas de vivre, des matières premières pour le bon équilibre de tous et réussir à faire face à l’ennemi.
La vie reprit son cours, l’oncle Ramon avec son copain, s’engagèrent volontaires à l’armée républicaine, ils furent envoyés au front de Madrid dans les bataillons de C.R.S. carabinier la même fonction commando spéciaux. Ma grand-mère et ma mère pleuraient de les voir partir, nous étions tous tristes, ils nous manqueraient, il restait l’oncle Jaumet, le plus jeune, il était fiancé et devait bientôt se marier.
Mon grand-père était désespéré, pour travailler les terres, il manquait des bras. Heureusement que l’oncle Casimir avait qu’une petite propriété et donnait un coup de main et l’oncle Milio c’était pareil, il venait aider chez le grand-père et quelques fois chez nous.
Il faut que je vous dise que l’oncle Casimir c’est un frère de ma mère et l’oncle Milio c’est un beau-frère de ma mère, il était très gentil, il souriait toujours, quand il venait travailler chez nous, je l’accompagnais souvent, il menait les bêtes. Mon père était pris pour aller à l’abattage de cochons chez les gens et chez les charcutiers.
Plus tard il embaucha mon cousin Pierre, fils de mon oncle qui était garde des canaux d’irrigation, il était plus vieux que moi, j’avais 15 ans lui 17 ans, il était très grand et costaud, mon père lui apprenait à mener les bêtes et à labourer, moi aussi j’apprenais, à 14 ans j’avais quitté l’école, sans avoir mon certificat d’étude, malgré ça je connaissais bien la géographie, ma table de multiplication par cœur, je savais lire et écrire, c’était le plus important pour mes parents. Mon père a appris à lire et à écrire au service militaire, ma mère a appris à lire toute seule mais écrire seulement sa signature.
Avec mon cousin Pierre nous sommes allés un jour aux terres de Gimenells, il avait fait un orage et le vent avait dérangé les gerbiers, il fallait les refaire, ramasser les gerbes parsemées par le vent. Après avoir fini notre travail, nous avons fait une partie de chasse. J’avais emporté mon fusil que mon père m’avait donné, nous avons levé une volée de perdrix et nous les avons suivis, tout d’un coup une perdrix c’est levé près de moi, tout émotionné, je l’ai visé et tiré, elle a tombé au sol morte, mon cousin n’en revenait pas, il avait autant de joie que moi et nous avons décidé de rentrer. Nous avons pris le chemin de la plaine pour passer chez la tante Carmen sœur de mon père, lui donner un bonjour car on ne se voyait pas souvent, seulement quand elle vient au village pour faire des commissions, ce fut un grand plaisir de voir l’oncle et les cousins, je fis voir la perdrix et ma tante me dit : « Tu es bien le fils de ton père, gare au gibier. »
L’oncle nous a fait visiter la ferme avec sa porcherie, la volaille qui était en liberté maraudant dans les champs autour de la ferme, l’élevage de veaux n’était pas bien répandu, les céréales étaient plus rentables et moins de travail, la luzerne la plus rentable, on coupait cinq ou six coupes par saison pour vendre en fourrage pour le bétail ou bien transformer en farine. La première coupe de printemps on la gardait pour donner aux bêtes car elle n’était pas très jolie, abîmée par le froid de l’hiver, la dernière coupe d’automne c’était pareil mais après ça a changé, les tracteurs ont chassé les bêtes.
Nous sommes rentrés à la maison, au village il y avait de l’animation. Une garnison de soldats venait de s’installer, ils venaient du Front, ils ont été relevés par d’autres. Ils ont installé une mitrailleuse à la sortie du village en direction d’Aragon, bien à l’ombre d’une rangée de gros figuiers au bord de la route.
La guerre ne bougeait pas bien, cantonné le long de l’Ebre et en montagne au secteur de Boltagne. L’oncle Jaumet fut appelé à l’armée, il a décidé de se marier avant de partir. Ils s’installèrent chez nous au grenier, le petit appartement qu’on avait aménagé pour la tante Mariette.
L’armée républicaine mal équipée tenait héroïquement sur tous les fronts malgré la lâcheté du comité de non-intervention des Nations Unies, les allemands et les italiens avec des bataillons bien équipés et entraînés renforçaient les troupes franquistes avec des avions modernes. A cette époque les russes envoyèrent des avions de chasse et des experts militaires qui se mirent à contrôler l’armée républicaine et au lieu d’unifier l’armée ils préparaient l’après-guerre pour renverser la République, mon père critiquait ces méthodes néfastes qui affaiblissaient l’union de tous les antifascistes du Front Populaire « l’union fait la force » .
Les forces d’intervention de CRS sont venues fouiller à la collectivité de Venta Farinas, une propriété très grande abandonné par ses propriétaires exploités par les employés au nom de la CNT, ils cherchaient des armes, avec mon père nous passions devant la propriété et les CRS avec des barres de fer cherchaient dans les meules de paille s’ils trouvaient des armes. On racontait que les partis se préparaient pour prendre le pouvoir.
Un jour un groupe de miliciens venus de Lérida s’est présenté à la mairie du village pour qu’on lui donne tous les fascistes du village, pour les juger à Lérida, mais les principaux responsables de la droite qu’on appelait fascistes étaient partis du village. Le maire leur demandait pourquoi les juger si ils ne se sont pas révoltés ? S’il faut juger tous les gens de droite, la moitié du village presque à voter à droite, alors je ne crois pas que vous avez le droit d’arrêter les gens comme ça. Nous avons une liste et nous voulons exécuter les ordres de nos supérieurs.
Le comité révolutionnaire du village doit examiner votre demande, attendez quelques jours on regardera votre liste. Ils repartirent en disant qu’ils reviendraient bientôt, monsieur le maire très embarrassé réunit le comité révolutionnaire et il se trouvait tous dans un cas très délicat à résoudre, de conscience personnelle les gens sur la liste de droite, mais des braves gens des petits riches qui se sont enrichis travaillant, des commerçants et pourquoi ils devraient être jugés, alors sur une dizaine il convoquèrent huit personnes avec l’espoir que le jugement serait juste et équitable.
Les miliciens revinrent un jour chercher les prisonniers, mon père mis au courant, il prit son fusil et arrivé à la mairie où était enfermé les prisonniers, parmi eux un oncle de ma mère, alors il dit au responsable du comité ces deux-là je les prends à ma charge, ils resteront ici, un peu surpris, ils ne dirent rien, il prit l’oncle et un brave homme qui n’avait rien à se reprocher, il dit : Débrouillez-vous.
Mon père emmena l’oncle chez lui et l’autre personne « rentrez chez vous, cachez vous pendant que ça se calme » les miliciens constatèrent que la liste n’était pas complète, il répondirent que les personnes s’étaient enfuie, ils prirent les personnes restantes et avant d’arriver à Lérida les firent descendre du camion et dans un champ à côté de la route, ils furent fusillés sans jugement, mort pour faire plaisir à des gens irresponsables.
Tout le village condamnait ce crime abominable, des familles déchirées, laissant des veuves avec des enfants. Mon père était furieux de voir tant de personnes sans cœur, sans pitié d’autrui et ne respectant pas les gens de la droite.
Dans les deux groupes on faisait la chasse aux sorcières. Les franquistes chassaient les rouges et les rouges les franquistes, triste ambiance pour les uns et pour les autres après avoir cohabiter ensemble.
Mon père m’a acheté un poney de race Navarre, très gentil, il aime bien trotter mais de temps en temps je le fais galoper. Il voulait m’acheter un vélo mais les chemins sont pleins d’ornières labourées par les charrettes et pour aller aux champs c’est plus pratique le cheval. Je vais arroser les maïs, les champs de luzernes qui sont assez loin du village, c’est une corvée que j’aime bien, ce n’est pas pénible. Il est très malin quand il veut que je lui donne un morceau de pain ou une poignée de maïs ou d’avoine, il me mord aux fesses, il me fait voir ses dents, on dirait qu’il rigole. A l’étable, il cherche à voler la ration d’avoine des mulets.
Les va-et-vient des camions de combattants vers le front circulaient en cadence régulière sur la route avec ses chansons écrites avec le sang des morts et blessés « Ay carmela, ay carmela » « A Las barricadas, a las barricadas » je les apprenais toutes à force de les entendre.
La guerre s’était immobilisée dans tous les fronts, quelques petites excursions de temps en temps. Les gens s’attendaient à un changement, à une surprise désagréable venant du Front.
Les communiqués de guerre toujours les mêmes, Madrid tenait bon avec les bataillons des brigades internationales ou Malraux s’engageait, en tant qu’aviateur, Tito, le général yougoslave et des centaines d’exilés de toute nation, privés de liberté se sont engagés dans les rangs de la république. Les madrilènes eux aussi défendaient leur ville contre la dictature malgré un ennemi supérieur en force armée et en nombre de matériels modernes.
Mon oncle Jaumet, marié, était parti à l’armée et est revenu malade. Il a pris le typhus au front, en montagne aux Pyrénées. Il est resté un jour avec sa femme, ma nouvelle tante Lidiete. Nous étions tous contents de le voir, mais triste de savoir qu’il était malade, il est reparti pour se faire soigner dans un sanatorium. Ma mère pleurait de le voir si malade, moi aussi je l’aimais bien mon oncle il était le plus jeune de mes oncles, il blaguait bien avec moi, il est décédé un mois plus tard, ma tante Lidiete veuve, à peine mariée, elle retourna chez ses parents avec un petit bébé dans son ventre.
Dans les grandes villes les gens commençaient à manquer de vivre et pendant les dimanches ils cherchaient dans les campagnes mais les moyens de transport étaient rares et les gens souffraient de ce manque de distribution vers les villages. Pendant que dans les villages de la campagne on avait de quoi pouvoir manger et envoyer aux grandes villes du blé, du maïs, des produits qui étaient bloqués par l’armée.
Les réfugiés venant du Sud d’Espagne en Catalogne on les plaçait partout dans les villages. La mairie les hébergeait dans les locaux vacants et on demandait aux familles de prendre des personnes, mon père il demanda à un garçon s’il aimerait venir habiter chez nous, qu’il serait avec moi pour m’aider aux travaux des champs, nous n’avions plus le cousin Pierre, la classe de 18 ans fut appelée à l’armée.
C’était un jeune d’une famille d’Andalousie très nombreuse, ils logeaient dans des locaux de la mairie. Il fumait mais il était un bon copain, c’était l’hiver, il n’aimait pas le chou et pour le repas du soir ma mère elle préparait du chou, elle ne comprenait pas que les andalous ne mangent pas les choux.
Il était un peu étonné de nous entendre parler le catalan, il se croyait dans un pays étranger, mais nous parlions le castillan avec lui car c’était obligatoire de parler castillan à l’école et les andalouses ont un accent qui mange la moitié des paroles. J’étais très heureux d’avoir un copain avec moi pour m’accompagner aux champs, le temps passait plus vite car il était très bavard, ça m’évitait de parler mais les bombardements des grandes villes s’intensifiaient et des avions en haute altitude venaient visiter les villages à la campagne, c’était signe d’un mauvais pressentiment, il y a quelque chose qui se prépare disait mon père.
Les attaques franquistes reprenaient avec ténacité par tous les fronts, les soldats du régime cantonnés au village furent appelés en renfort au front, cela a intrigué les gens, quelque chose de grave se préparait où aller se passer. D’après des sources bien informées, les nationalistes regroupaient toutes ces troupes vers le front d’Aragon et Alicante Valencia, et sur les Pyrénées Huesca, Voltagna.
C’est le 9 mars 1938 que l’attaque du Front d’Aragon a commencé. 200 000 hommes du côté nationaliste selon les estimations des communiqués, 2 divisions italiennes, 700 canons, 200 chars ,600 avions. Du côté républicain, 100 000 hommes, 300 canons, 100 avions, 20 chars blindés.
La Légion Condor allemande sera engagée, 108 chasseurs, 27 avions de reconnaissance, 144 bombardiers, 180 chars légers et 200 canons antichars aux ordres du commandant Von Thomas.
Malgré les brigades internationales en renfort, les soldats de la République résistaient héroïquement, mais la pression des chars et l’aviation nationaliste étaient si fortes que Caspe tombait, le 17 mars 1938 Alcaniz tout le front défoncé du côté de L’Ebre ce fut la déroute et la débandade des troupes républicaines.
Le 18 mars à 5h du matin nous avons eu la visite d’un couple d’amis du village aragonais Zaidin, à 18 km de chez nous, ils étaient très paniqués. La route nationale Saragosse, Lérida passe à Zaidin et c’était plein de soldats en déroute, direction Lérida, ils nous dirent : « il n’y a plus de front, nous allons à Lérida pour nous regrouper et préparer une ligne de résistance avec la rivière « El Sègre » ».
Mon père regarda ma mère pour voir sa réaction, elle lui dit : « nous partons, prépare la charrette ». Nous chargeâmes la charrette avec des sacs de grains pour les bêtes, un sac de farine, du blé, des légumes secs, la charcuterie que nous avions, du linge, le nécessaire pour cuisiner, des matelas pour coucher, tout ce qui était indispensable à survivre.
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